search
search
Conseils d'une experte sur l'art d'être parent : comment éviter les conflits à l'heure du dodo

Article écrit par HuffPost Canada.

Alyson Schafer est une spécialiste de l'éducation des enfants, une conseillère pour la vie de famille ainsi qu'une auteure à succès qui a passé des décennies à aider des familles avec les situations qui entraînent des nuits blanches pour les parents. Qu'elle s'adresse aux parents en tant que chroniqueuse pour des émissions télévisées diffusées en journée ou en tant que conseillère en privé, Alyson affirme qu'un des plus grands défis auxquels se confrontent les parents est celui d'établir un rituel du coucher stable pour les enfants.

En collaboration avec HuffPost Canada, nous avons discuté avec elle des meilleurs outils pour y parvenir.

Q. : Pourquoi est-il si important d'établir un rituel quotidien pour l'heure du coucher des enfants ?

R. : Les enfants aiment la routine en général, qu'il s'agisse de l'heure du dodo ou de la structure offerte dans leur classe de prématernelle. Cela les sécurise, rend la vie plus prévisible et leur donne l'impression d'être plus en contrôle, tout en ayant une incidence sur leur confiance en soi et leurs réussites. Il en va de même pour nous : quand on comprend le monde qui nous entoure et ses règles, on sait comment se comporter.

Mais la biologie entre aussi en jeu ici. Comme le cerveau est programmé pour reconnaître des répétitions, lorsqu'on établit un rituel qui signale que c'est l'heure du dodo, le cerveau sait reconnaître le début d'un événement qui se répète. Donc, si on commence toujours l'heure du coucher de la même façon, disons, en mettant le pyjama, en prenant une collation puis en se brossant les dents, le cerveau signale au corps que le moment est venu de passer aux rythmes circadiens pour s'endormir, et rester endormi.

Q. : Est-ce une bonne idée d'incorporer une petite collation à savourer avec votre enfant avant le coucher ?

R. : Si une collation est donnée avant le coucher, je conseille de l'intégrer au rituel du dodo. Voyez-vous, il ne faut pas que cette collation soit l'excuse d'un enfant qui cherche à étirer la soirée, repousser l'heure du coucher ou procrastiner; cependant, toute occasion où les membres d'une famille peuvent se réunir pour casser la croûte et passer un moment ensemble est une bonne idée. Ce moment ne doit pas être dicté par le comportement de l'enfant, mais par son aspect social.

Q. : La plupart des parents seront confrontés un jour ou l'autre à des nuits où les enfants refusent d'aller au lit. Existe-t-il une façon d'empêcher cette situation de se transformer en crise ?

R. : Tout d'abord, il faut comprendre qu'il est normal que les enfants protestent. Ils sont déçus que les heures de plaisir de la journée soient terminées. La première chose que les parents peuvent faire est de sympathiser; partager leur tristesse aide à détendre la situation et éviter la crise. Voici un exemple de ce que vous pouvez dire : « Moi aussi, j'aimerais pouvoir jouer plus longtemps, on vient tout juste de commencer. »

Ensuite, je trouve très important d'amorcer l'heure du coucher selon une minuterie ou l'horloge, parce que si l'enfant n'a pas l'impression de devoir se plier à un rituel, s'il pense qu'il suffit de s'entêter un peu pour gagner 15 minutes de plus, alors il apprendra à utiliser les émotions pour repousser le moment d'aller au lit. Et vous pouvez être certain qu'il le fera tous les soirs. Vous le préparez à faire une crise.

Une meilleure façon de s'y prendre serait de dire avec gentillesse « Tu peux aller te coucher de bonne humeur ou de mauvais poil, mais 7 heures, c'est 7 heures, et c'est l'heure du dodo. » Cela les laisse savoir que vous ne jouez pas le rôle du méchant... vous ne faites que signaler que l'heure est venue, et que c'est chaque jour la même chose.

Q. : Donc, se montrer doux, mais ferme est important ?

R. : Oui; je pense aussi que, plutôt que de convaincre l'enfant de monter à sa chambre, le parent devrait monter. Prenez l'initiative plutôt que d'essayer de convaincre l'enfant de le faire. Je pense qu'un des concepts les plus importants à inculquer aux parents pour ces rituels est le fait qu'on ne doit pas mettre l'accent tant sur le comportement de l'enfant que sur le nôtre. On ne sait pas ce que l'enfant fera, mais on sait très bien ce qu'on est soi-même prêt à faire. Par exemple, on peut dire : « Je n'ai pas l'intention de m'obstiner, de me chicaner ou de me répéter. Je monte, c'est l'heure du dodo. »

Q. : L'autre comportement dont on a discuté est celui où l'enfant se traîne les pieds en inventant une panoplie d'excuses. Comment faire pour éviter cela ?

R. : Cela se fait en partie en utilisant l'horloge, afin que l'enfant comprenne la limite de temps. Il est très important de garder son calme; le parent ne doit pas devenir émotif. L'enfant ne cherche pas seulement à gagner du temps, mais aussi à irriter le parent. Il faudra alors peut-être dire des choses comme « Tu sais quoi, l'heure d'utiliser le pot est passée. Je vais laisser le pot dans ta chambre, et tu l'utiliseras seul. »

Je crois aussi qu'il faut créer le rituel en collaboration avec l'enfant. Quand vous établissez ce dernier, utilisez des supports visuels... un tableau, des autocollants, une affiche, peu importe.

Q. : Quelles sont les conditions idéales pour l'heure du coucher des enfants ?

R. : Il existe de nombreuses pratiques reconnues pour favoriser le sommeil. On sait qu'il faut éviter les écrans une heure avant le coucher. La luminosité des écrans de tablette devrait être réduite à son minimum; cela aide le cerveau à se préparer à ralentir. Une autre façon d'induire les rythmes circadiens est de minimiser le plus possible la lumière dans la chambre, comme avec des rideaux d'obscurcissement. Le corps répond aussi aux chutes de température, donc si une pièce est fraîche, l'organisme reçoit le signal qu'il est temps de dormir. Certaines personnes jurent par leur machine à bruit blanc, qui noie les bruits ambiants. Le cerveau semble vraiment adorer ça.

Si les enfants ont du mal à dormir, je conseille aux parents d'aller essayer la chambre de leur enfant en y passant une nuit, parce qu'il se pourrait que ce soit le bruit du trafic qui le garde éveillé.

Q. : Pour finir, qu'en est-il des parents ? N'est-ce pas vrai qu'une des raisons pour lesquelles il est important d'établir un rituel du dodo pour les enfants est de permettre aux parents de passer un peu de temps précieux entre adultes ?

R. : Absolument. Les parents ne peuvent décompresser que lorsque les enfants sont au lit. La dernière chose qu'on veut, c'est être trop épuisé pour profiter de son temps de loisir. Combien de gens tombent-ils endormis à côté de leur enfant en raison de leur propre épuisement? Nous vivons dans une société qui se prive beaucoup de sommeil. On devrait vraiment pouvoir déclarer « C'est un moment réservé à maman et papa. Nous aussi, nous avons besoin d'un moment spécial, juste pour nous. »

C'est le moment de renforcer les liens, de se rappeler toute la complicité que vous partagez. C'est crucial pour la santé de la vie de couple... Et c'est une chose saine à apprendre aux enfants. Comment vivre une relation saine fait partie des choses importantes à montrer aux enfants pour les préparer à la vie. Ils ont besoin de voir que la famille est entre bonnes mains, que les « chefs » s'entendent bien, qu'ils coopèrent et qu'ils s'aiment. Cela leur donne un sentiment de sécurité.

Quelle leçon tirer de tout ça? Les parents doivent se rappeler que l'heure du coucher devrait être agréable, ce qui signifie prendre quelques minutes chaque soir pour ralentir avec les enfants, soit en savourant une collation comme un bol de céréales Kellogg'sMD Rice KrispiesMD avec eux, en leur lisant une histoire et en les bordant avant le dodo.

 

Ce contenu a originalement été publié dans le Huffington Post Canada.